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MOSKOTA SE DOTE DES SYSTEMES DE PROTECTION COMMUNAUTAIRE Spécial

Écrit par  mercredi, 18 décembre 2019 21:55

 

L’Arrondissement de Mayo Moskota fait partie des territoires les plus affectés par les incursions de la secte de Boko Haram. Les victimes se comptent par millier.

L’Association GREDEVEL s’est déployée dans 10 villages de l’Arrondissement de Mayo Moskota (Département du Mayo Tsanaga, Région de l’Extrême-Nord du Cameroun) pour aider les communautés exposées aux agressions régulières des islamistes de Boko Haram à mettre en place des systèmes de protection communautaire.

Des séances de formations sur la mise en place des systèmes d’alerte précoce et de réponse rapide ont été organisées à l’intention d’une ciblée précise. Pendant deux semaines, 150 personnes issues de 10 villages ont été formées. Des sessions de restitutions ont été organisées dans plusieurs villages pour une meilleure appropriation du contenu de formations reçu. 

 

Communauté du Canton de Mozogo, séance de travail avec les représentants de GREDEVEL

 

Des discussions nourries d’expériences vécues ont donné l’occasion aux différentes communautés d’aborder les questions connexes à la protection de leurs espaces vitaux. Elles ont pris l’engagement d’initier, pour la protection de leurs villages respectifs, les démarches suivantes : 

 

    • Renforcement/redynamisation des capacités des comités de veille

Dans certains villages, les jeunes indiquent qu’ils vont s’organiser à assurer la veille (Nguétchéwé, Mozogo…) en se positionnant sur les points sensibles dans le village afin de donner l’alerte. Il s’agit, selon eux, de se mettre en groupe pour veiller en alternant les populations.  Un groupe veille jusqu’à une certaine heure et un autre prend la relève.

Dans d’autres communautés par contre, les membres ont pris la résolution de se mettre en groupe par quartier pour faire la veille (Moskota…) et de redynamiser les groupes de veille ayant existé auparavant mais dont les membres se sont découragés (Zelevet en l’occurrence). « Avant, quand Boko Haram avait commencé à nous attaquer, on se mettait en groupe dans chaque quartier pour alerter en cas de danger. Mais comme l’insécurité là a trop duré, les gens se sont découragés. Nous allons maintenant recommencer ce travail » (participant de Zelevet) 

 

Communauté du village Zelevet, séance de discussion avec les représentants de GREDEVEL 

 

• Diversification des dispositifs d’alerte rapide (cloche, haut-parleur/mégaphone, tam-tam, jet de pierre sur les toits, codification des cris)

Les communautés ont relevé qu’elles vont adopter divers dispositifs d’alerte précoce pour renforcer leurs systèmes communautaires. En plus des pratiques déjà utilisées (les cris) par les populations, des engagements ont été pris pour mobiliser d’autres dispositifs d’alerte en inspiration des pratiques des autres communautés. Le village Mozogo par exemple a dit vouloir s’inspirer du jet de pierre sur les toits pratiqué dans les autres villages voisins (Zelevet et Moskota). A Moskota aussi, la population s’engage à adopter la codification des cris comme à Mozogo.

 

 

• Implication des autres acteurs dans les prises de décision autour du Lawan pour la gestion de l’information

Cette gestion appartenait principalement au Lawan dans certains villages (Krawa-Mafa, Zelevet), qui régulait les informations en temps de crise. Il assurait la transmission de l’information aux autorités administratives, militaires, aux ONGs. Ces communautés ont dit vouloir désormais impliquer d’autres acteurs autour du Lawan dans les prises de décisions et la transmission des informations.

 

Communauté de Talakashi

 

• Organisation régulière du dialogue communautaire sur la protection communautaire autours des leaders traditionnels

Il s’agit en réalité d’un cadre de concertation permanent en vue d’améliorer le système d’alerte précoce et de réponse communautaire. « Nous allons organiser des réunions par mois avec notre chef pour parler des problèmes des harcèlements de Boko Haram dans notre village. Cela va nous aider à mieux nous protéger » (Réaction d’un participant de Talakachi). 

 

Séance de travail avec la communauté de Krawa Mafa

 

• Engagement pour l’organisation d’autres rencontres autour des autorités traditionnelles pour mieux affiner les systèmes d’alerte précoce et de réponse rapide

Dans la plupart des villages du projet, les membres des communautés ont exprimé leur volonté et un intérêt à continuer le débat en vue d’adresser les défis de la protection de leur communauté. Les contenus des partages de leur expérience par les participants avec les gens de leur village ainsi que la restitution dans les communautés ont nourri un intérêt des communautés pour le débat sur la question de la protection communautaire. 

 

Participation massive des femmes à la rencontre de Nguetchewé

 

• Appropriation des expériences des autres communautés du Mayo-Moskota et du Logone-et-Chari

Les communautés entendent s’inspirer des bonnes expériences d’ailleurs pour renforcer leurs pratiques communautaires en termes d’alerte précoce et de réponse rapide. A titre d’exemple, le village Mozogo envisage d'adopter le système de jet de pierre sur les toits pratiqué dans les autres villages voisins (Zelevet et Moskota). Le village Goldavi s’est engagé à adopter la pratique de crieurs prieurs publics à l’aide des mégaphones utilisée dans le Logone-et-Chari. 

 

Discussion avec la communauté de Mayo Moskota

 

• Volonté de mise en réseau avec les autres communautés

Les communautés ont manifesté leur volonté de se mettre en réseau pour le partage de l’information afin de mieux se protéger des attaques de Boko Haram. Concrètement, il est question d’avoir des personnes ressources dans les différents villages qui peuvent relayer l’information au moment opportun.

 

Cette activité de mise en place des systèmes d’alerte précoce et de réponse rapide s’est déroulée du 15 octobre au 10 décembre 2019 dans l’Arrondissement de Mayo Moskota. 

 

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